Gauche: L’imMonde relativisme ou quand la protection de l’enfance était « fasciste »

LE MONDE FACE A SON PASSE PEDOPHILE

Dans un post frais du jour, le succulent Vox Galliae rappelle à son public ébahi qu'avant d'en faire l'apanage des internats catholiques, la gauche française cultivait des droits de pleine exclusivité sur la marque "pédophilie". Légère amnésie soixante-huitarde, la gauche universelle a réclamé à corps et à cri la libéralisation de l'"érotique puérile" (Le Monde, 17 février 1978). Nous avons déjà réglé son compte à Libération, passons au Monde puisque c'est de lui qu'il s'agit aujourd'hui.

Contrairement à Libération, Le Monde ne s'est livré à la louange de l'abus sexuel envers mineurs que de façon raffinée, prudente, par le biais, essentiellement, de la critique littéraire. C’est souvent via la critique de livres que la pédophilie émerge de l’océan de silence et de réprobation où elle gisait avant que Le Monde ne décide d'en vanter les mérites libératoires:

En octobre 1976, un album publié par Schérer et Hocquenghem est ainsi salué: « les auteurs ne cachant pas que le corps des enfants - sexué, désirant, désirable, ludique - les intéresse. Leur livre n’est pas « à mettre entre toutes les mains » aurait-on dit naguère. On serait bien embarrassé, aujourd’hui, de préciser lesquelles. Celles des parents, peut-être » (Signé R.-P.D., Le Monde, 15 octobre 1976).

En novembre de la même année, c’est Gabriel Matzneff (photo) qui pose la question: « L’amour est-il un crime? », dénonçant la longue détention provisoire dont sont victimes depuis trois ans un médecin et ses amis pour « une simple affaire de mœurs, où les enfants n’ont été victimes de la moindre violence, mais au contraire, ont précisé au juge instructeur, qu’ils étaient consentants et que cela leur avait été fort agréable ». Matzneff plaide pour le respect des « pratiques sexuelles chez la très jeune fille ou le très jeune garçon » et va jusqu'à invoquer les articles 330 et 331 du Code pénal, complétés par des ordonnances vichyssoises; argument définitif...
Puis l'argumentation se fait psychologique: « Aimer un être, c’est aider à devenir celui qu’il est. Or cette quête d’identité, qui a pour but la possession et la connaissance de soi, est aussi une quête d’identité sexuelle. Une relation amoureuse, dès lors qu’elle est fondée sur la confiance et la tendresse, est le grand moteur de l’éveil spirituel et physique des adolescents, Les perturbateurs des moins de seize ans ne sont pas les baisers de l’être aimé, mais les menaces des parents, les questions des gendarmes et l’hermine des juges » (Le Monde, 7-8 novembre 1976).

Deux ans plus tard, en 1978, le même récidive dans le compte rendu fait par 'Le Monde des livres' du dernier ouvrage de René Schérer et Guy Hocquenghem et semble mal supporter, c'est le moins qu'on puisse dire, une certaine difficulté d'accès à la chair fraîche imposée par les lois bourgeoises, pour ne pas dire carrément fascistes: « sous le prétexte de « protéger » l’enfant, la société adulte trace autour de lui un véritable cordon sanitaire. (...) Jadis on expliquait à l’enfant que la masturbation rendait fou; à présent on lui apprend à se méfier des vilains messieurs et à les dénoncer à la police (...) Non seulement les enfants ont des droits, écrit Schérer, mais ils étouffent sous eux ». Hier, les enfants étaient accablées d’ « interdits »; aujourd’hui, ils le sont par une législation à prétention pédagogiques, dont le plus clair effet est de les empêcher de disposer d’eux-mêmes, de circuler librement, de se lier d’amitié avec des adultes autres que ceux désignés par l’institution » (Le Monde, 17 février 1978).

Le ton commence à changer un peu l’année suivante sous la plume d’Eveline Laurent qui, quoique séduite et touchée par ceux qu’elle appelle « les nouveaux pédophiles », conteste néanmoins « la justesse de leur raisonnement ». « Est-il possible de croire totalement clairvoyant, par exemple, ce « touriste » quand il décrit Manille où la prostitution d’enfants s’exercerait sur un mode paradisiaque avec bénédictions (du père, de la grand-mère, du patron) à l’appui? |...| On retiendra ce qu’on voudra des propos de Françoise Dolto (drôlement traitée de « Savonarole des nurserys ») et pour qui toute séduction d’un enfant par un adulte laisse au premier un traumatisme ineffaçable, il semblerait en tout cas mal venu d’oublier totalement les liens unissant séquelles du colonialisme, prostitution et misère dans certains pays » (Le Monde, 31 août 1979 p.1), mais là, on l'aura compris, c'est en fait le colonialisme, métaphore du viol du prolétariat par le bourgeois paternaliste et pénétrant, qui est en cause.
Le féminisme fournit de même une improbable base critique: Le même jour et sur la même page, Roland Jaccard présente le premier livre de Nancy Huston, « Jouer au papa et à l’amant ». L’ouvrage, assez offensif, dénonce la bonne conscience hypocrite qui « sous la double bannière de la liberté d’expression et de la liberté du désir transforme les petites filles en femmes-objets » (Le Monde, 31 août 1979 p.2). Colonialisme et machisme auront été les seuls reproches que l'intelligentsia de gauche aura trouvé à faire à la pédophilie... et ces gens-là dirigent nos médias (cf. July) depuis 40 ans; au secours!

En 1980, Roland Jaccard salue, dans 'Le Monde des livres', la dernière publication de Tony Duvert, L’enfant au masculin, avec ces mots: ce livre « traite d’un sujet qui chagrine les familles, indigne les vertueux, dérange les plus permissifs et choque même les professionnels du scandale: la pédérastie ». Et Jaccard loue cette « pensée si généreuse » qui débusque les « hypocrisies » (Le Monde, 14 novembre 1980).

Enfin, en 1981 encore, Philippe Sollers mêle critique et louanges à propos du dernier livre de Gabriel Matzneff. Reconnaissant en lui un libertin métaphysique, qui « réinvente la transgression, le scandale en se lançant à corps perdu dans l’aventure qui ne peut pas ne pas révulser la loi: la chasse aux mineurs », il ajoute: « Ce dernier point est probablement inacceptable. Il m’est complètement étranger. Je ne juge pas, je constate. Je vois que cela a lieu. J’essaye de comprendre cette fantaisie obstinée, peinte par ses illustrateurs comme un paradis ». Plus loin il explique comment la « pédérastie allusive de Gide |est| ici dépliée, déployée, industriellement décrite » et commente: « il y a dans tout cela quelque chose d’odieux et de sympathiquement puéril » (Le Monde, 25 septembre 1981); nous retiendrons l'odieux.

Dans ledit ouvrage, Matzneff pousse une complainte initiatique: « Nous formons la dernière société secrète, nous sommes les carbonari de l’amour. Persistons dans cet état, le paradis est une chasse réservée »  et prévoit le retour de l'obscurantisme: « Nous allons assister au retour du puritanisme et à son triomphe. Aussi aurons-nous plus que jamais besoin de nos masques, qu’ils soient de velours ou de fer…»; la clé est là, la gauche n'a fait que rechausser le masque qu'elle avait tombé en 68, ses buts, ses voies et ses désirs sont restés les mêmes, la société, la femme, la famille, le couple et enfin l'enfant, tabernacle ultime de l'innocence; innoncence qu'il faut détruire, pureté qu'il faut souiller, pour mieux mieux fouler l'humanité aux pieds et crier sa rage de mort à tout ce qui est.

Matzneff n'est ni un fou, ni un fabulateur ni un intello plumitif emporté par l'époque, l'élan et son envie de plaire, Sollers en témoigne: « Ce qui irrite le conformisme ambiant chez Matzneff, je sais bien ce que c’est: sa sincérité, son honnêteté, son refus de tricher en exposant ses contradictions. Mêler, comme il le fait, le sexe à la prière, par exemple, provoque immédiatement le comble du malaise. C’est un bon test, je crois, pour discerner les esprits vraiment libres, libres de tous côtés. La question finale que pose le libertin métaphysique est en effet, celle-ci: existe-t-il des athées qui le soient autrement que par puritanisme inconscient, par effroi de voir s’agrandir les limites de leur jouissance? Et d’autre part: y a-t-il des consciences religieuses qui le soient autrement que par peur et refoulement de la sexualité? ». (Le Monde, 25 septembre 1981). Il faut détruire l'humanité pour libérer l'homme; leur liberté, notre pire esclavage...

 

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