Baf Archive 12.07.2005: Suisse, épidémie du suicide assisté: Aussi pour les enfants

La commission nationale d’éthique (CNE) qui s’est déjà manifestée par ses décisions en faveur de la manipulation du vivant et par un certain goût pour des pratiques lobbyistes (art. BAF 14.06) s’est fendue d’un texte de 82 pages (lien mort, le texte a été revu depuis la rédaction de cet article. Nouvelle version) en faveur de l’extension d’une pratique de l’euthanasie en Suisse, notamment dans les homes pour personnes âgées. La publication de la CNE, laquelle n’a, d’ordinaire, qu’un rôle secondaire et purement consultatif, a été abondamment relayée par les médias publiques. La CNE étant le dernier pont reliant l’Etat et une certaine conception de morale, baptisée éthique pour la circonstance, ses publications servent inévitablement de référence aux membres du gouvernement, d’où une importance et une influence qui ne peuvent être ignorées.

Tout en mettant l’accent sur l’importance de considérer soigneusement chaque cas individuellement, la publication du rapport a essentiellement pour but d’agir dans un sens libéral et permissif. Rendre l’euthanasie possible dans le principe et multiplier les appels à la prudence, mais la barrière éthique est sautée, et les membres du personnel médical agiront librement sur la base de ce nouvel axiome.

Le rapport pose un certain nombre de notions abstraites et libres d’interprétation: ‘Qualité de vie’, ‘motif non égoïste’; et construit tout son raisonnement sur le sable de ces nouveaux critères pour en tirer des conclusions dont il serait risqué d’oser contester l’exhaustivité et qui prennent valeur de dogme tant elles sont rabâchées par les médias et défendues avec fermeté. C’est donc tapis derrière la rhétorique de la prudence, masque de la sagesse, et relativisant l’impact de leur rapport, le qualifiant d' »étape supplémentaire », que les membres de la CNE franchissent le Rubicon à pieds joints et ouvrent grande au monde médical la porte de l’euthanasie active directe, son lot de pression, de chantage, de désespoir, d’influence, en un mot, d’humanité.  L’argumentation morale, au sens strictement religieux du terme, est un modèle du genre en matière d’éclipse mentale: Après avoir cité (p.16) le « rigorisme d’Augustin », la CNE se penche sur cette citation de Thomas d’Aquin: « La vie est un cadeau fait par Dieu à l’homme et soumis au pouvoir de celui qui « tue et vivifie ». Pour cette raison, celui qui se prend sa vie pèche contre Dieu, comme celui qui tue un esclave offense celui auquel l’esclave appartient, et ainsi pèche celui qui prend sur lui une décision qui ne lui appartient pas. La décision sur la vie et la mort appartient seulement à Dieu », et s’interroge, sans apporter de réponse, sur ce fait que les réflexions de Thomas sur le suicide « renvoient non pas tant à des considérations sur la nature de l’homme et sur sa liberté morale qu’à une vision particulière de la souveraineté de Dieu sur l’homme lui-même ». Donc, en pratiquant le suicide, l’homme ne pécherait pas contre lui-même mais contre Dieu, prétendument propriétaire de l’homme, et comme l’on part du principe que « Dieu » n’est qu’une idée…  Cette nuance qui n’en est pas une suffit à conclure comme suit: »On peut se demander si une telle interprétation correspond à la vision biblique des rapports entre la souveraineté de Dieu et la liberté de l’homme devant Lui. Ce n’est pas l’endroit ici pour donner une réponse accomplie à cette interrogation. Limitons-nous à constater l’absence d’une doctrine explicite du suicide tant dans les écrits de l’Ancien Testament que dans ceux du Nouveau Testament ; dans ces récits, la pratique suicidaire est évoquée comme allant presque « de soi », sans qu’il soit tenté d’en donner une justification ou une réprobation éthique détaillées ». Et c’est tout, et c’est cela qui, en règle générale, va servir d’argument au corps médical et faire taire les personnes d’avis contraire. Ce n’est pas suffisant.

Le rapport comprend plus de 80 pages, et cependant les lacunes y sont nombreuses: P. 35, les définitions de l’euthanasie, ignorant les aspects direct et indirect des euthanasies active et passive, sont incomplètes. P. 44-45, les arguments en défaveur du suicide médicalement assisté sont volontairement abstraits et insignifiants. P. 59, le rapport reprend dans les grandes lignes un précédent dossier, publié en 2004, où la CNE, traitant du suicide assisté des enfants, affirmait: « A propos des enfants et des adolescents qui demandent qu’on les aide dans leur suicide, il existe un espoir que leur désir d’en finir disparaisse dans les phases ultérieures de leur existence. Les enfants et adolescents sont particulièrement influençables, selon les circonstances extérieures et les opinions d’autrui. Leur compréhension de soi est souvent encore fragile, au point que des désavantages extérieurs ou des conflits intérieurs peuvent les ébranler profondément. C’est pourquoi ils sont particulièrement sujets à de subites tentatives de suicide. Même dans le cas d’un enfant souffrant d’une maladie incurable en phase terminale, le pôle de l’aide à la survie doit être prioritaire. Toutefois, comme les enfants peuvent en un tel cas refuser des traitements médicaux, on ne peut exclure d’entrer en matière sur une demande d’assistance au suicide en phase terminale ». La CNE fait l’impasse sur les réserves exprimées en 2004 et, si elle reconnaît toutefois que « les parents n’ont pas le droit de vie et de mort sur leur enfant », elle donne ce droit au médecin sans hésiter. P. 70, la position majoritaire est favorable à l’euthanasie d’enfants et d’adolescents.

La IVe partie du rapport de la CNE, « Recommandations sur l’assistance au suicide », ressemble fort à un manuel d’utilisateur à destination du corps médical, susceptible de vouloir varier l’offre de son établissement en accédant à ce nouveau créneau. On sent d’ailleurs le soin avec lequel la CNE cherche à couvrir le business du « tourisme de la mort », qui donne pourtant si mauvaise réputation à nos institutions médicales.

La philosophie qui sous-tend l’ensemble de la publication n’est ni sincère ni convaincante, le postulat qui soutient l’édifice: « un homme qui souffre n’est plus un homme à part entière », est proprement inacceptable mais cadre parfaitement avec les velléités eugénistes dont la CNE a fait preuve à plusieurs reprises.

Le sujet (favorable) de la TSR

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