Michel de Poncins: LA FINANCE EST TRES SAGE, DANS SA FOLIE APPARENTE
12 02 2007
Votre argent vous intéresse
l’économie de marché expliquée à tous
Nous commençons par une nouvelle étonnante et ce sont tout simplement les inconcevables bonus obtenus par certains dirigeants de Wall Street pour l’année 2006. Un dirigeant de Goldman Sachs a reçu 53,4 millions de dollars ; c’est le champion alors qu’un dirigeant de Morgan Stanley a du se contenter de 40 millions de dollars ; le reste est à l’avenant !
Avant d’examiner la signification de ce que je qualifie de bonne nouvelle pour les États-Unis et, par ricochet inévitable, pour le reste du monde, il faut répondre à certaines objections.
Certains s’indignent de l’inégalité abyssale que ces gains fabuleux mettent en lumière ; ne nous attardons pas dans les analyses sur ce très vilain défaut qu’est l’envie. L’inégalité est productrice de richesse pour tous ; rien ne serait arriver dans la création si les hommes n’avaient pas été voulus inégaux par le Créateur ou ne le seraient pas devenus grâce aux efforts réussis de certains d’entre eux. Ces incroyables gains tirent une foule de salaires vers le haut. Les cadres des entreprises qui accordent ces bonus en bénéficient très largement et n’oublions pas que l’ensemble des salaires aux États-Unis est orienté vers le haut par l’effet de la liberté, avec en filigrane d’ailleurs des craintes d’inflation.
D’autres regretteront la prétendue injustice de ces gains. En fait il n’y a aucune injustice car ces personnes ou très talentueuses ou très chanceuses et, parfois, les deux ont fait bénéficier en 2006 les actionnaires des firmes, le personnel, les fournisseurs et les clients de la prospérité extraordinaire des sociétés qu’ils dirigent. Elles méritent donc bien leurs salaires. En outre, les contestataires feraient bien de regarder dans d’autres directions. Les sermonneurs, s’ils sont logiques, devraient s’interdire d’aller au stade ou devant leur poste de télévision pour ne pas nourrir les gains faramineux des vedettes du football, qui pourtant ne créent rien de concret et seulement du rêve !
Voyons maintenant la signification économique de ces bonus qui résultent de contrats précis et librement consentis.
Se produisant à Wall Street, ils sont particulièrement remarqués parce qu’ils se réalisent dans des métiers purement financiers, avec une technicité échappant à beaucoup de gens. Ils symbolisent et expliquent à la fois l’extraordinaire succès de l’économie de marché.
Pour nourrir, loger, distraire, transporter, éduquer des milliards d’hommes, il faut des systèmes techniques de plus en plus compliqués dans le cadre d’une répartition croissante et complexe des productions dans le monde entier.
Tout acte économique quel qu’il soit, dans l’économie très enchevêtrée que nous connaissons, s’accompagne de besoins de capitaux de plus en plus gigantesques et nécessite des mécanismes financiers de plus en plus perfectionnés. La complexité de ces mécanismes est nécessaire car elle aboutit à faire coïncider les exigences multiples et parfois contradictoires d’une foule d’acteurs de tailles diverses, de statuts variés et localisés parfois dans le monde entier.
Par exemple, un acheteur de maison en France sollicite un crédit, car il estime pouvoir le rembourser et pense que cette formule lui permet de profiter de son bien plus vite que s’il attendait d’épargner à cette fin : il est clair qu’il y a dans cette pratique un bienfait. Le banquier, qui peut être américain, lui prête les fonds, réemployant ainsi des dépôts auxquels il ne paie pas d’agios, mais il se refinance en partie auprès d’un prêteur asiatique qui prend des garanties auprès d’une firme d’assurance… .
Cet exemple est un résumé imparfait des circuits de plus en plus complexes de la circulation des capitaux, sans lesquels pourtant rien de connu ne pourrait exister. Dans la complication, beaucoup de parades existent contre les risques éventuels et certains mécanismes ne servent qu’à éviter ces risques pour les uns et les autres. Il appartient à chacun de se protéger. Les simples privés doivent, notamment, faire attention et recouper toutes les informations et propositions, alors que les professionnels ont plus de moyens de se défendre. Néanmoins les accidents existent : chacun se rappelle l’éclatement de la bulle technologique, il y a quelques années. Le risque est la rançon de la liberté, mais la liberté conduit à plus de responsabilité et donc davantage de prudence.
L’économie de marché est aussi une école de prudence et de sagesse pour tous.
Quand un cabaretier du nom de Lloyd inventa, il a quelques siècles, le système des assurances maritimes avec la célèbre cloche annonçant les sinistres, il permit un progrès considérable dans la marche du commerce maritime au sein de la mondialisation de l’époque. Depuis lors, la sophistication ne s’arrête pas.
C’est pourquoi la prospérité actuelle de l’économie mondiale implique le progrès de ces techniques et finalement l’existence de ces bonus si considérables qu’il est même difficile pour beaucoup d’en imaginer les montants.
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