La gauche et la liberté d’opinion dans les universités américaines
15 05 2007Ou la chronique d’un conservateur professeur d’histoire à la recherche de son premier poste dans une université américaine. Un article de Gary Shapiro dans le New York Sun, 30 avril 2007.
Mark Moyar n’a pas le profil du chômeur classique. Sortit major du département d’histoire de Harvard avec la plus haute distinction (summa cum laude) de cette université, il enchaîne avec un doctorat de l’Université de Cambridge en Angleterre [Il y a également une ville américaine qui s'appelle Cambridge]. Avant d’entrer en troisième cycle, il avait déjà publié son premier livre, et était sous contrat pour un deuxième. D’éminents professeurs de Harvard et de Cambridge lui ont écrit des lettres de recommandations mirobolantes.
Cependant, en cinq ans, ce spécialiste de l’histoire militaire et diplomatique a postulé pour plus de 150 postes universitaires, et dans la plupart des cas n’a pas atteint le stade de l’entretien préliminaire. Postulant auprès de la University of Texas at El Paso en 2005 pour un poste concernant l’histoire diplomatique américaine, il se vu refuser un entretien contrairement à une autre universitaire dont la thèse portait sur « l’industrie américaine du film et le marché hispanophone durant la transition vers le parlant, 1929-1936″.
Au Rochester Institute of Technology, en 2004, Mr. Moyar se vit préférer un candidat qui avait fait un exposé sur la “promiscuité dans les bains” et “hygiène et conversations sur la civilisation lors des premières relations americano japonaise”.
C’est un exemple, aux dires de certains, des difficultés rencontrées par les universitaires qui osent s’opposer au génie de la gauche sur les campus américains. Et c’est peut-être la raison pour laquelle un département d’histoire comme celui de l’université de Duke compte 32 démocrates et zero républicains, d’après des statistiques de l’association conservatrice de Duke publiées à l’époque où Mr. Moyar essayait d’obtenir un entretien auprès de cette université.
Ce type de plaintes concernant les embauches et les promotions est très fréquent de la part des universitaires conservateurs d’après le président de la National Association of Scholars (association nationale des universitaires), Stephen Balch.
Mr. Moyar est habitué à ce type d’opposition. Au contraire de la plupart des spécialistes universitaires du Vietnam, il pense que la guerre du Vietnam n’était pas une erreur de la part des Américains, et soutient à grand renfort de sources non exploitées jusque-là la “théorie des dominos”. Ce qui l’a fait remarquer.
En disant que la guerre du Vietnam pouvait être gagnée, Mr. Moyar “profane le saint des saints,” d’après Mr. Balch. Même si son livre “Le renoncement au triomphe” (”Triumph Forsaken” ( Cambridge)), fut préfacé par le senateur Webb, opposant démocrate à la guerre en Irak, par l’universitaire habituellement classé à gauche William Stueck, et fit l’objet d’une conférence au Williams College, ce qui est un grand honneur pour un jeune universitaire.
John Reckner, professeur d’histoire à Texas Tech, a refusé de commenter la demande d’embauche de Mr. Moyar dans cet établissement, mais a cependant remarqué : “Disons que, une personne demandant à enseigner dont le domaine est la guerre du Vietnam, et dont la position est conservatrice, rencontrerait des difficultés du fait que les fantômes idéologiques des années 60 sont, malheureusement, toujours vivants sur énormément de campus, et cela bien que les vietnamiens eux-mêmes la considèrent comme faisant partie du passé”.
Le 27 avril 2005, 15 des vingt membres du département d’histoire du Texas Tech votèrent Mr. Moyar comme “inacceptable”.
Même refus de la part du George Bush School of Government and Public Service à l’université Texas A&M, où Mr. Moyar travailla en post-doctorat, et comme assistant en 2003 et 2004. Le doyen Richard Chilcoat, un général en retraite, conteste le fait que cette faculté soit complètement à gauche.
D’après Mr. Moyar, Mr Chilcoat lui déclara que si les trois finalistes étaient considérés comme étant très qualifiés, il n’était pas malheureusement en tête. Pour apprendre par la suite qu’il n’était pas dans le classement, et jugé inacceptable par trois membres de la faculté. Mr Chilcoat déclara au New York Sun qu’il y avait sans doute eu un malentendu.
Mr. Moyar soutient que la description du poste a été changé par rapport à celle qui a été publiée originalement. Mr. Chilcoat dit qu’ après une recherche nationale, l’école a recruté selon les critères publiés.
Mr. Moyar s’est dit surpris d’apprendre qu’une des objections soulevée contre lui est qu’il n’aurait pas un ” impact immédiat”, quand son deuxième livre était déjà publié avant le second livre du premier candidat, et avant le premier livre du deuxième candidat. Il dit que personne ne lui a dit pourquoi il n’était pas dans le classement.
Mr. Chilcoat n’a pas souhaité s’exprimer sur les délibérations confidentielles, mais a dit que d’aucune façon l’idéologie ou la politique n’étaient entrés en considération pour le vote. “je n’accepterai jamais aucune discrimination” déclara-t-il au Sun. Il déclara que Mr. Moyar n’avait pas été “désélectionné”, mais était un historien compétent qui avait de vrais chances dans cette compétition. “Mais en ajoutant tout, il n’était pas le mieux qualifié”, dit-il.
Mr. Moyar dit que Mr. Chilcoat ne lui répondit jamais durant les cinq derniers mois qu’il passa là-bas. Mr. Chilcoat répond “Je me suis toujours assuré qu’il savait quelle était ma position”.
Mr. Moyar a déclaré au Sun qu’un des membres de la faculté lui avait dit ne pas avoir voté pour lui à cause de “différences idéologiques”. Des documents obtenus par Mr. Moyar grace à la législation du Texas sur l’information du public (Texas Public Information Act) montrent la déclaration d’un candidat anonyme à la faculté décrivant Mr. Moyar comme un historien révisionniste “qui cherche à prouver les mérites de la guerre du Vietnam (même si il fait un bon travail pour cela). Sa présence ici porterait préjudice à la réputation de l’établissement”. Un autre membre de la faculté exprima sa préoccupation concernant “ses recherches orientées”.
Le doyen des facultés de Texas A&M, Karan Watson, écrivit à Mr. Moyar en lui disant qu’aucune des preuves présentées ne prouvait une discrimination illégale.
Les références de Mr. Moyar furent de peu d’aide pour Old Dominion, où il apprit qu’il était plus considéré comme un historien de la diplomatie que de l’histoire militaire. A la Miami University of Ohio, le département d’histoire considéra ses compétences beaucoup plus fortes dans le domaine de l’histoire militaire que dans l’histoire de la politique étrangère américaine. Ce malgré le fait qu’il ait enseigné l’histoire de la diplomatie américaine, et qu’il ait des lettres de recommandation de deux des plus grands historiens des relations étrangères américaines : Akira Iriye et Ernest May, tous les deux de Harvard.
Le nouveau président de la Miami University, David Hodge, écrivit à Mr. Moyar pour lui dire que l’établissement prenait très au sérieux son obligation de recruter les meilleurs universitaires “sans considération de données personnelles, y compris les convictions politiques”.
En postulant auprès du U.S. Air Force War College (établissement de l’U.S. Air Force) en 2003, Mr. Moyar déclara qu’un professeur, Jeffrey Record, avait manqué de façon répétée de programmer une visite de l’établissement. Mr. Record déclara au Sun que ce n’était pas son travail de programmer une visite mais qu’il avait été un hôte “poli et affable” pour Mr Moyar.
Mr. Moyar déclara qu’après un exposé, Mr. Record dit de sa personne qu’elle était “remplie [d'excrement].” Mr. Record déclara au Sun qu’il “niait totalement” cela, mais que s’il avait dit quelque chose comme cela, c’était une pure plaisanterie, que les gens qui le connaissent savent que c’est une plaisanterie. Mr. Record dit qu’il considère le travail de Mr. Moyar comme sérieux et universitaire bien qu’il soit en désaccord avec ses conclusions.
Interrogé au sujet du traitement des conservateurs par l’Université, un professeur de la Columbia University, Eric Foner, dit qu’il ne connaît pas Mr. Moyar, mais que la plupart des départements d’histoire ne connaissent pas ou ne prêtent pas attention aux convictions des candidats. Mr. Foner, qui penche à gauche, dit que les conservateurs devraient cesser de se plaindre d’être des victimes, une attitude dont ils accusent régulièrement les gens de gauche. Un professeur au Boston College, Alan Wolfe, a déclaré au Sun que les départements universitaires ont tendance à embaucher toujours le même type de gens. Il a déclaré qu’il y avait sans doute des départements d’histoire de gauche, mais aussi des départements de sciences politiques conservateurs. “Il y a une insuffisante diversité intellectuelle tant à gauche dans les Ivy League colleges que dans des établissements conservateurs comme Hillsdale et Grove City College,”.
Un professeur à Duke University, Michael Munger, qui penche à droite, dit que paradoxalement, les étudiants de gauche bénéficient le plus des facultés conservatrices. Autrement, dit-il, en apprenant comment construire un raisonnement, ils n’ont pas à affronter le premier camp”.
Un professeur émérite du gouvernement au Smith College, Stanley Rothman, dit qu’il ne peut pas parler pour des cas individuels, mais qu’une étude qu’il a co-rédigée en 2005, ” La politique et l’avancement professionnel dans les facultés de collèges” (Politics and Professional Advancement Among College Faculty), semble montrer que statistiquement les conservateurs ne sont pas traités aussi bien que les gens de gauche dans le domaine académique.
Le président de la fondation pour les droits individuels dans l’éducation (Foundation for Individual Rights in Education), Gregory Lukianoff, dit que les universités peuvent “tirer un avantage brutal” du fait que la plupart des décisions de nomination ou d’avancement sont confidentielles. Un avocat de l’Alliance Defense Fund, David French, un cabinet d’avocats de défense des intérêts publics chrétiens, dit que les discriminations fondées sur l’idéologie, comme les discriminations basées sur la race ou le genre, comportent des preuves directes et de circonstances des différences de traitement. Il dit qu’à partir du moment où des institutions privées font une annonce pour un emploi spécifique, elles doivent se tenir à cette description. Un avocat new-yorkais, Jeffrey Duban, dit que les juges regardent si une décision contre un postulant à une faculté n’est ni arbitraire ni capricieuse.
Ce mois-ci, Mr. Moyar a fait une réclamation auprès de l’Office of Equal Opportunity and Diversity (Bureau de l’égalité des chances et de la diversité) de la University of Iowa après n’avoir pas été sélectionné pour un entretien concernant un poste d’histoire diplomatique. Il a trouvé dans les archives du comté que le département était composé de 27 démocrates, aucun républicain, deux indéterminés, et quatre non-inscrits. L’université a une politique qui interdit les discriminations à l’embauche basées sur la “préférence d’association”, comme sur d’autres choses comme la race ou les convictions.
Mr. Moyar dit qu’”il est malsain pour le pays d’avoir la moitié du spectre politique absent de l’enseignement supérieur”. Mr. Moyar occupe aujourd’hui une chair à la U.S. Marine Corps University de Quantico, en Virginie, qui dépend des Marines.
Mr. Moyar dit qu’il veut aider d’autres universitaires dans le futur “qui devront faire face à ce nonsense.” Il dit qu’il savait que choisir de faire des études historiques lui vaudrait des difficultés. “Mais je pensais qu’il y aurait de la place pour quelques conservateurs” dit-il.
L’article en anglais sur >
SD





