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La chronique de l’aumônier: La joie chrétienne

18 12 2007

Le chant d’entrée du troisième dimanche de l’Avent est une invitation à la joie : Gaudete in Domino semper, réjouissez-vous toujours dans le Seigneur. L’Avent est un temps de préparation, d’ascèse, mais cela n’empêche pas la joie, bien au contraire. D’ailleurs l’Alleluia qui est un chant d’allégresse se chante tous les dimanches de l’Avent. Mais ce troisième dimanche est encore plus joyeux que les autres, parce que la venue du Messie se fait imminente. Le Christ est à nos portes…

L’Avent est le temps de la joyeuse attente du Messie qui vient. A ce titre, ce temps liturgique est comme le modèle réduit de notre existence terrestre. Chacun de nous a été créé et mis sur la terre pour se préparer à la rencontre avec Dieu . C’est cela la vie chrétienne — et la vie tout court. Si l’Avent est un temps caractérisé par la joie et qu’il est comme le condensé de toute notre vie, alors toute notre existence doit être imprégnée de joie…

C’est au baptême que notre vie chrétienne a commencé. Nous avons reçu alors, en plus de la vie humaine, une vie divine. Nous sommes devenus enfants de Dieu. La Sainte Trinité nous a fait entrer en elle, elle est devenue notre famille. Dès lors notre vraie vie consiste à être en contact avec la Sainte Trinité, à développer avec elle une intimité. Et c’est là précisément que réside notre joie : joie d’être enfants de Dieu, joie de vivre en présence de Dieu puisque le baptisé en état de grâce porte en lui chacune des trois Personnes divines. Cette vie divine, surnaturelle, a des opérations propres, à l’image de notre vie humaine ; en tant qu’hommes nous avons certaines facultés ayant chacune ses opérations : la sensibilité qui nous permet de sentir, d’avoir des sentiments, des passions ; l’intelligence qui nous permet de connaître, la volonté qui nous permet de vouloir, d’atteindre le bien.

Notre organisme spirituel a lui aussi ses facultés, qui sont les vertus théologales de foi, d’espérance et de charité. La foi nous permet de connaître Dieu comme il se connaît. Cette vertu surélève notre intelligence humaine pour la mettre en contact avec Dieu, pour lui faire toucher Dieu. Dieu se connaît lui-même comme Père, Fils et Saint-Esprit : par la foi il nous donne de le connaître tel qu’il est, dans l’intimité de sa vie trinitaire. Quelle joie de connaître Dieu ainsi ! Le psalmiste déjà éprouvait intensément cette joie de la foi. Il disait : « Pour moi, être uni à Dieu, c’est mon bonheur » (Ps. 72, 28). Cette joie de connaître Dieu par la foi est-elle pour autant parfaite, sans mélange? Non, puisque la foi me fait connaître Dieu comme à travers un voile. La foi me donne une grande lumière sur Dieu, mais elle comporte aussi des obscurités. La joie parfaite est réservée pour le ciel : alors nous verrons Dieu face à face, grâce à la lumière de gloire, est notre joie sera absolument sans mélange.

Une deuxième source de joie, dès ici-bas, c’est l’espérance. Joie de l’espérance chrétienne, qui découle de la foi. L’espérance est la vertu qui nous permet de marcher vers Dieu. Dieu en effet par la foi nous révèle la beauté de la vie éternelle qui nous attend et nous dit : cela est pour toi, si tu es fidèle. Alors dans l’allégresse nous marchons vers ce bonheur éternel, nous savons, nous sentons qu’il est à notre portée, parce que Dieu veille sur nous, qu’il nous donne sa grâce ; c’est sur lui que s’appuie cette marche vers le ciel. Et nous savons que ce sera prodigieusement beau : l’œil n’a point vu, l’oreille n’a point entendu, le cœur de l’homme n’a pas pressenti ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment (1 Cor 2, 10). L’Apôtre nous assure aussi que « les souffrances de cette vie ne peuvent être comparées à la gloire dont nous devons avoir la révélation » (Rom. 7, 19). Cette gloire que nous espérons sera aussi celle de notre corps, qui sera transfiguré à l’image du corps glorieux du Christ : « Le Seigneur Jésus-Christ transformera notre corps misérable, le rendant semblable à son corps glorieux » (Phil. 3, 21).

Enfin bien sûr notre joie vient aussi de la charité, vient surtout de la charité. Joie de se savoir choisi, aimé de Dieu, aimé d’un amour particulier. Joie de pouvoir aimer Dieu en retour, par cette vertu de charité surnaturelle qui ennoblit notre volonté pour lui permettre d’aimer Dieu comme il s’aime lui-même. « Il y a plus de joie à donner qu’à recevoir ». Aussi quelle joie de pouvoir prouver à Dieu notre amour par le sacrifice, le renoncement, l’oubli de soi. Mais la joie de l’amour vient aussi du fait que la charité nous fait vivre dès ici-bas avec Dieu, en sa compagnie, en son intimité. Et il y a toujours de la joie à se trouver en compagnie de l’être aimé, à pouvoir jouir de sa présence. Or le baptême justement nous rend déjà participants de Dieu, de la vie divine. Oui, la charité chrétienne est essentiellement joyeuse ! D’ailleurs en grec charité se dit agapè et ce mot vient du verbe agapan qui signifie être heureux, se réjouir, fêter. C’est dire que l’amour chrétien, l’amour de charité, se signale entre mille façons d’aimer comme un amour heureux, au contraire de tous ces amours avilis et dégradants qui plongent les hommes d’aujourd’hui dans la tristesse. Mais cette joie de la charité ne sera parfaite qu’au ciel, c’est là que le bonheur d’aimer Dieu et ses frères trouvera tout son épanouissement. La joie de la charité c’est proprement la béatitude, voir et posséder définitivement celui qui nous aime et que nous aimons.

La vie chrétienne est animée par la joie, cette joie qui découle de la grâce baptismale et qui est le propre de la foi, de l’espérance et de la charité. « Frères, soyez toujours joyeux dans le Seigneur. Je le répète : soyez joyeux! » (Phil 4, 4). Oui, quand on prend véritablement conscience de la grâce du baptême, de la lumière qu’elle projette sur toute notre existence, de l’espérance qu’elle donne, on ne peut pas être atteint par la déprime ou la désespérance. Ce n’est pas possible. Certes les difficultés demeurent, mais elles se situent à un niveau tellement inférieur à la vie théologale, à cette grande réalité de notre vie en Dieu, qu’elles ne peuvent pas nous faire perdre cette joie fondamentale. « Ne vous inquiétez de rien ; mais dans toutes vos prières et vos supplications, en même temps que vous remerciez Dieu, exposez-lui vos besoins » (Phil 4, 6). Quoiqu’il arrive, Dieu est là, près de moi, en moi. Que vouloir de plus? Je suis en sécurité. « Qui pourra me séparer de l’amour du Christ? ».

L’Apôtre ajoute : « que votre modération soit connue de tous les hommes » (Phil 4, 5). La joie chrétienne est une joie qui ne connaît pas la démesure. Il n’est peut-être pas inutile de le rappeler à l’approche des « fêtes ». Notre époque ne connaît pas la mesure. Quand on se réjouit, on le fait jusqu’à l’excès, on « s’éclate » jusqu’à en perdre la raison… La joie chrétienne ne connaît pas de tels excès, elle est paisible parce qu’elle se possède elle-même.

Notre-Dame de Liesse, vous la créature la plus joyeuse que la terre ait jamais porté, enseignez-moi la vraie joie !

Abbé F.G. avec les auteurs spirituels

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