Fraude à l’embauche: le Conseil d’Etat valaisan visé par une plainte

L'affaire des offres d'emploi aux musées cantonaux en mai dernier n'a pas fini de faire parler d'elle. Petite chronique de la corruption au quotidien sur les abords riants d'un Rhône ensoleillé.

Le 7 mai dernier, l'Etat du Valais mettait à l'encan toute une batterie d'emplois fort prisés dans les divers musées du pays. Le succès est grandiose, pas moins de 67 candidatures pour le seul poste de collaborateur au département "Moyen-Age". Les termes sont précis: "Master en histoire médiévale, histoire de l’art médiéval ou formation jugée équivalente."

Arthur (nom d'emprunt), chômeur, est ravi, il vient de boucler son doctorat et l'encre de son dernier bouquin, un pavé, n'est pas encore sèche, il est fin prêt. Toutes ces années de galère à manger de la poussière de parchemin vont enfin payer. Il écarte d'un bref revers ces sales rumeurs selon lesquelles le résultat de la mise au concours serait - comme toujours - déjà plié, il postule.

Des semaines, des mois, de patience. Il essaie bien de se manifester par téléphone, on refuse à chaque fois de le prendre, plus d'une dizaine de fois; c'est quand même étrange. Puis vient la lettre, la fameuse lettre, toujours la même: "Tout en reconnaissant la qualité..."

Conseillé par un ami juriste, il demande une décision formelle. Il faut attendre la fin des vacances du Conseil d'Etat. La voici: "Malgré [s]es qualités", son dossier a le malheur de ne pas correspondre aux "attentes et aux critères prédéfinis avant la mise au concours."

Sa curiosité de chercheur titillée comme jamais, Arthur veut forcément en savoir plus. Il accède, après quelques hésitations du Service des ressources humaines, à son dossier. Les candidats ont été notés sur des critères sans le moindre rapport avec les termes de l'offre. Ce n'est pas tout, son dossier a été modifié, de docteur il se retrouve simple licencié, ses publications sont comptées pour rien et même les petites découvertes, dont il était si fier et qui lui avaient valu la reconnaissance de ce milieu si exigeant, passent aux oubliettes. C'est comme s'il n'avait jamais rien fait de sa vie, il n'est rien, moins que rien.
La décision du Conseil d'Etat est formelle, les nominations ne peuvent faire l'objet d'aucun recours. Il n'est rien mais il a quand même le droit de se taire.

Esther Waeber se défile

Confronté néanmoins par le Tribunal cantonal à son arbitraire patent, le Conseil d'Etat botte en touche, parle d'une absence de "précision" susceptible de "porter à confusion" sur un seul critère, sans s'inquiéter des six autres et feignant de ne pas voir que la note de langue étrangère a été attribuée sans entendre le candidat. C'est alors sans trembler que la Présidente désigne d'un doigt accusateur un trente-sixième sous-fifre comme responsable de toute cette gabegie. Et par gabegie il faut entendre le fait de s'être fait flasher à 250 km/h en sens inverse, non celui d'avoir fait ce qui était attendu.

Reste que l'Exécutif suprême martèle son droit souverain à faire exactement ce qu'il veut comme il l'entend, même si l'on sent la conviction chancelante.

Pour preuve, il remet l'ouvrage sur le métier, une nouvelle mise au concours, calibrée, cette fois-ci, sur les fameux "critères prédéfinis", pour être sûr qu'Arthur ne pourra plus postuler, et lui casser les reins, enfin, dans une procédure devenue sans objet, en ce qu'une nomination finira forcément par aboutir un jour, sans lui. Facile.

Bis repetita

Preuves de la falsification de son dossier en main, peu certain des coupables qu'on lui désigne, Arthur a biné d'une plainte au pénal contre inconnu pour abus d'autorité et production de faux. Dire ce que fut l'accueil de l'agent de piquet censé recueillir la plainte - la force du loyalisme envers l'ordre établi - est une autre histoire. Quoi qu'en Valais ce soit toujours la même histoire, celle qu'écrivent les vainqueurs...

Noël Macé

 

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