Le Nouvelliste menace un caricaturiste pour un dessin

 

Les dépouilles de Cabu et les autres ont bien dû faire trois tours dans leur tombe. La Pravda locale veut jeter un plaisantin au goulag pour un simple gag. Tiens, ça rime.

Il est interdit d'oser rire des magazines de publireportages régionaux; pardon, de la sacro-sainte "presse"suisse. Un commensal du Groupe ESH (pour Editions Suisses Holding SA, un reliquat du groupe Hersant), qui prétend détenir ce qui reste du Nouvelliste et des derniers radeaux de la méduse de la presse suburbaine romande, a promis les foudres de la grande timonerie à un jeune homme pour avoir osé diffuser le dessin ci-dessus à un cercle d'amis sur une application de messagerie.

De même qu'il ne reste plus beaucoup de place pour le commentaire intelligent dans les colonnes du Nouvelliste, il ne semble plus en rester non plus pour la liberté dans leur triste horizon. La libre expression, c'est la leur, jamais la vôtre.

Le ci-devant Diego Artieda, répondant au titre pompeux de "responsable de la communication Groupe ESH", a donc mis le délinquant en demeure de régler "au plus vite" le "problème juridique" soulevé par son détournement de "l'identité graphique de la marque". Oui, vous avez bien lu, ce n'est même plus un journal, c'est une "marque". Philistins !

Nous sommes d'ores et déjà entrain [sic] de discuter de votre groupe avec notre service juridique.

Ajoute-t-il pour être sûr de son effet.

Soumission

Outre que ces méthodes de petit caïd s'apparentent à de la contrainte - en ce que la parodie est un droit en Suisse -, et sont donc parfaitement illégales, l'on a l'occasion de saisir ici le genre de rapport que le Nouvelliste, et la presse en général, ont choisi d'entretenir avec leur public : Un rapport de dominant à dominé.

Bien sûr, ce type de relation ne doit en aucun cas à évoquer les mœurs de quelconque rédacteur en chef ou directeur de publication, mais seulement qualifier la triste réalité de la fin du respect du Nouvelliste envers ses lecteurs. Certes, les plus avertis d'entre vous auront raison de dire que ce respect était déjà bel et bien entamé depuis les brillantes carrières de Liliane Varone (et ses fameusissimes "concile de 30" ou "chevaliers brayards"...), Christine Savioz, l'inénarrable Gilles Berreau et, bien sûr, comment l'oublier, l'incommensurable Sandra Jean, mais nous voilà passés à l'heure du mépris et de l'hostilité ouverte.

Pour le Nouvelliste et les financiers qui le possèdent, ce cochon de lecteur qui, a l'heure d'internet, ne veut plus se contenter de bâfrer le brouet en silence, dont la baisse annuelle d'audience est la plus vertes des critiques, c'est l'ennemi. Plutôt que de se poser les vraies questions, les génies du Groupe ESH semblent avoir opté pour une sorte de guerre culturelle totale, incluant l'interdiction de l'humour, de la critique, de l'insolence, pour remettre le bétail dans l'obéissance. Une guerre qu'ils ne peuvent pas gagner, dit public étant déjà passé au monde suivant.

Jean-Baptiste Aegerter

 

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